
Un après-midi plutôt chaud, je voulais procéder à la tâche qui me réconfortait depuis peu ; c’est-à-dire coucher mes idées sur du papier. Malheureusement dans le voisinage, l’ambiance était infernale : le voisin frappait sa femme. Sa petite fille de cinq ans à peine criait de toutes ses forces : « Papa lage men manman m, sispann bat li. » Tandis que d’autres personnes aux alentours suivaient tranquillement le spectacle et que chacun disait de son côté : « hmmm… mwen menm m p ap rantre nan bagay fanm ak mouche», je ne le voyais pas de cet œil.
D’une manière inexplicable, je me sens toujours concernée par ce genre d’affaires. Ce n’est pas la peine de dire à quel point je me suis sentie révoltée mais surtout désarmée, impuissante par rapport à tout cela. J’avais des multiples raisons, et cela me mettait hors de moi.
Pour faire court, je suis allée sur le lieu de la rixe, car je ne voulais pas faire nombre avec les simples spectateurs dans leur complicité. Je ne voulais pas passer pour une lâche, une cruelle, une coupable du fait de cacher cette maltraitance à l’égard de ma voisine alors que, de loin, je l’entendais crier de toutes ses forces : « Aidez-moi… ». Je m’étais dit que j’avais déjà entendu ce cri quelque part. C’était un SOS qui me paraissait familier. Et en fait, ce n’était pas que le cri du sexe désigné faible, mais aussi et surtout celui d’une population enflammée par des dragons. Le cri d’une jeunesse qui regarde son avenir s’enfumer. Le cri d’une maman qui n’arrive pas à nourrir ses enfants, et celui d’un papa qui regarde couler le sang de son fils dans un caniveau. Le cri de désespoir de ces mineurs qui affrontent des problèmes d’adultes depuis le stade d’embryon. Sans oublier ces professionnels qui, après tant d’efforts, n’ont de choix que vider des bouteilles de bière pour se remplir la tête. Eh oui, c’est exactement le cri de cette femme qui se fait le haut-parleur de toutes les femmes qui en ont marre d’être trahies, maltraitées, battues, utilisées, violées…
Pourquoi ne pas en parler, me dirais-tu ? Mais quelqu’un saurait-il comprendre leurs souffrances ? Pourquoi devraient-elles en parler alors ?
Ces femmes préfèrent souvent garder le silence parce que tout ce qu’elles entendraient serait une justification de ces actes malhonnêtes. Elles ne veulent plus avoir tort en plus d’être leurs proies. Elles ne veulent plus se justifier par rapport à tout ça. Ce qu’elles veulent et souhaitent ? Tout simplement voir cette société arrêter de normaliser ces monstruosités et dédouaner leurs coupables lorsqu’elles les dénoncent ! Ce serait déjà un pas important, non ? Oui, elles doivent en parler, mais apprenez à les écouter sans faire d’elles des coupables de ce qu’elles ont vécu.
Par exemple, si je ne travaille pas, ce serait normal que je crève de faim. Si je touche au feu, c’est normal que je me brûle. Si je reste sous la pluie, oui c’est normal que je sois trempée. Mais si je porte une robe moulante, il n’est pas normal que je me fasse violer.
Certaines femmes se taisent et souhaitent miraculeusement que quelqu’un prenne leur défense, que quelqu’un dénonce toutes ces atrocités qu’elles subissent du lever du soleil jusqu’au déclin du jour. Et ce n’est pas à elles d’en avoir honte. En tant que personne, en tant que femme, nous n’avons pas à avoir honte d’être impuissantes face à ces situations. Mais la honte serait plutôt de profiter de la sensibilité, de la faiblesse des autres pour satisfaire son ego, ses désirs… Ça peut flairer la dénonciation, ou peut-être que ça l’est effectivement. Mais peu importe… Je trouve cela vraiment aberrant qu’une personne ait quotidiennement les larmes aux yeux, à cause d’un sous-homme qui a, délibérément, posé les mains sur elle, contre sa volonté pour laisser en elle tous ces mauvais souvenirs. C’est inhumain de laisser vivre sa propre fille dans l’horreur de tous les hommes, parce qu’on prenait le malin plaisir de maltraiter sa mère sous ses yeux.
Je me suis rapprochée de la scène et j’ai demandé ce qui n’allait pas entre eux. J’ai écouté les deux versions. Ensuite, j’ai demandé à mon voisin s’il était obligé d’en arriver là. Je lui ai demandé si la dame qu’il battait était sa femme ou tout simplement son esclave, mais il ne m’a pas répondu. D’un ton menaçant, j’ai continué pour lui dire : « Si elle est ton esclave, dis-moi à combien tu l’avais eue, je te rembourserai. Mais si c’est ta femme, la mère de ta fille, traite-la en tant que telle, sinon tu auras affaire à moi. » Et une fois rentrée chez moi, j’ai composé le numéro d’assistance aux victimes de violence pour dénoncer ces actes et demander un suivi ; je ne pouvais pas supporter ce climat nauséabond. Je ne voulais pas.
Ange Dany JOSEPH
Une réponse
Merci Dan!
Nous devons tous nous mettre debout pour crier d’une seule voix: non à la violence! Non!