Nouvelle Parution

Prolongez
l'expérience littéraire.

Plonger au cœur de récits bouleversants ou le chaos et la lumière s’entremêlent. Découvrez ces œuvres unique, reflets d’une poésie moderne et intemporelle, disponibles dès maintenant chez nos éditeurs partenaires.

À partir du chaos

Brûler les ténèbres

Lettre à Helena

Helena, pardonne mon hardiesse ! Mais qu’est-ce que vivre sans oser ? Qu’est-ce qu’un homme sans le courage d’aller vers ce qui l’effraie ?


Depuis cet après-midi où tes pieds bénissaient la rue Roy, tu marches dans toutes les rues de ma tête. Ton sourire que j’ai vu est devenu ma passerelle vers la félicité, une porte ouverte sur la lumière. Et depuis, tu me manques comme si tu n’as fait que me manquer toute ma vie, comme si tout cet affreux temps passé sans t’avoir vue avant s’est déversé en flots rageurs dans mon être. Depuis, je n’ai d’horizon que ton visage. Oui, depuis cette fulgurante rencontre, je suis plein et vide de toi en même temps. Tu es devenue le seul fleuve qui coule en moi.


Parfois, seul à me morfondre dans mon coin, ton reflet arrive à chasser d’un revers de main les larmes sur mon cœur qui entourent ma tristesse. J’ai alors compris que tu n’es pas ordinaire, que tu peux sans doute rapatrier ma joie. Pour cela, j’ai cherché ton visage partout : dans les flammes, dans les nuages, dans les vagues sachant que tu peux être partout ici.


Plutôt que de filer comme d’habitude je-ne-sais-où, le temps s’éparpille sur le sol. Cette rencontre m’a définitivement bouleversé et je refuse de laisser ni noirceur ni poussière envahir cette image de toi dans ma tête. Je m’applique à la nettoyer chaque matin et la convoquer une dernière fois la nuit, avant de dire oui au sommeil. Partout où je vais, quand je marche, je cherche dans tous les vents les coordonnées exactes de ta voix. Pour t’avoir vue une fois, je te vois tout le temps. Je pense à ces jours où j’ai été si seul avec plein de gens autour. Là maintenant dans ma chambre, ton absence que je sens si présente me tient compagnie. Maintenant, c’est ton absence qui m’habite. J’ai l’impression de parler à ton absence, et elle me comprend. Moi qui ne te connaissais pas avant (et qui ne te connais même pas encore -je sais-), je vais mal sans toi avec la chair de la nuit blessée.


Comment te l’expliquer ? Cet après-midi, qand ton amie a cité ton prénom, je crois avoir senti une vague de douceur me caresser et entendu mon cœur répéter « Helena » tout bas. J’aurais dû peut-être t’appeler à mon tour, te remercier de passer par là mais j’étais abasourdi, ravi. J’ai alors compris avoir trouvé ce qui me manquait : Toi. « Quelle folie ! « , diraient sûrement certains et toi aussi, peut-être. Mais peu importe ! En seulement quelques secondes, j’ai vu tous les espoirs qui ont grandi en toi, tous les combats qui ont demeuré jusque-là. J’ai vu que tu portais tout ton corps dans tes yeux. Je t’ai vue belle ; de cette beauté qui traverse les yeux, franchit les limites de la peau et des os. Aujourd’hui, je pense que mon cœur est resté figé à cet endroit où je t’ai aperçue, ou peut-être qu’il t’a suivie jusque chez toi. Je ne sais pas. Tu devrais me le dire, toi. Nous devrions sans doute vérifier.


J’ai toujours cru accuser de graves retards dans ma voix, mes paroles refusent toujours de se pointer à l’heure quand il faut que je parle. Je ne suis pas grand orateur. Mais au moins, je peux t’écrire.


Alors je t’écris depuis mon lieu cousu de rêves démesurés pour repousser cette timidité qui me brûlait, pour te tendre la main peu importe où tu te trouves. Helena, je te convie à partager mon arbre de feu et de folie, à tremper les pieds dans ma rivière d’étoiles. Je t’en prie, prends racine en moi et que ta forêt pousse dru ! Peut-être que c’est toi que je cherchais dans toutes ces formes et visages du passé sans même le savoir. Peut-être que chaque pas des autres ne faisait qu’aplanir le sentier pour les tiens… Je viens à toi avec la main pleine de saisons cassées qu’il faut réparer, je le sais. Disant cela, je ne viens pas avec mon bol quémander miracles. Non. Je t’invite simplement à pousser la porte de mon océan, visiter ce qui reste de l’homme que j’ai été, accepter ce que ce lieu peut encore offrir. Mais je voudrais surtout te revoir et te souffler tout cela durant tout le temps qu’il faudra.

Witensky Lauvince Le Scribe

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Witensky LAUVINCE

Né à Léogâne en 1996, Witensky Lauvince inscrit son écriture au cœur des pulsations de la littérature haïtienne contemporaine. Entre poésie et roman, il explore les zones sensibles de l’humain, là où la parole devient nécessité.

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