Nouvelle Parution

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l'expérience littéraire.

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À partir du chaos

Brûler les ténèbres

Ce soir…

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Chaque seconde que le temps me file retombe lourdement comme du plomb sur le sol. Alors que toute la félicité d’un moment peut être happée par un éclair de chagrin aussi dévastateur qu’un météorite. Voilà pourquoi je me suis construit un fragile hameau de nos plus beaux souvenirs. Je les questionne l’un après l’autre, essayant d’en habiller le présent car la peur du futur m’habite comme une véritable hantise. En réalité, je n’ai pas peur. J’ai juste un sentiment de recul face à demain, une sorte de prise de bec continue avec ce qui n’est pas encore. Je dois te dire que je suis ainsi: souvent moi-même mais toujours fou.

Et ce soir, je me retrouve une fois de plus dans le vaste royaume de mes pensées. Tu y sièges. J’ai promené un regard prudent sur la chambre. Je la vois comme un musée exposant tes plus belles pièces: ton regard, ton sourire, ta démarche… Assis dans mon coin préféré (je n’ose pas me livrer au lit avec sa forme de moule à tristesse), la tête enfouie dans le creux de mes mains comme si elle cherchait ta présence dans les lignes de mes paumes. Mais non! Peut-être que mes mains, elles, essayent de toucher à cette forme qui se dessine, se balade à l’intérieur. Tout autour de moi s’est vêtu de noirceur mais je suis comme auréolé rien qu’en pensant à toi. Comme si tu mettais pieds à terre, sortie tout droit de l’un de mes rêves pour m’illuminer. Ce soir, je ne veux pas de douleur, sauf celle que m’inflige la morsure de ton absence. Et c’est une entaille profonde qui s’envenime. Je n’ai jamais été client des vendeurs de miracles pourtant j’ai toujours cru à la magie des étoiles, à cette coulée de lumière qu’elles provoquent à l’intérieur quand on s’en abreuve. C’est peut-être pour cela que tes yeux m’ont capturé dès le premier contact. Comme une ruelle dans laquelle on se précipite sans se questionner, une passerelle qui donne sur un autre monde. Comme une mélodie à laquelle on ne résiste pas, qui saisit le corps et les sens tout carrément.

Ce soir, mon ange, j’ai pris soin d’allumer quelques bougies dans les coins les plus sombres de mon être. Je les ai disposées en cœur mais sans vin, sans fleur. Pour la peine, quelques bonnes notes de musiques jouent dans ma tête mais se posent, se superposent et finissent par s’opposer et se battre. Je ne les entends plus. A vrai dire, je préfère dix mille fois le beau désordre de ton rire qui détale dans mes tympans comme des enfants bruyants. Alors tout cela pour te forcer à sortir de ta cachette, de ce grand pays d’illusions où tu es allée te promener éternellement. Moi, je suis là, encore une fois avec cette leçon que j’ai récitée plus de mille fois déjà. Seul à compter minute après minute chacune de ces heures qu’on a eu à assujettir à l’amour. Toutes ces pages que tu m’as écrites et que je relis sans cesse. Les unes avec nos folies, les autres avec nos écarts; cette espèce de mélange qui fait des sentiments une douce prison. Ça et là sont dispersées quelques parties d’incompatibilités et de quête de soi, de l’autre et ces jeux d’amour, ces pierres taillées dans l’extase qui refusent de s’effriter même sous l’effet de mes larmes. Il faut dire que tu n’es pas partie toute entière. Je n’ai pas pu t’empêcher de te disséminer un peu partout. Il y a un bout de toi à chaque coin de l’univers. L’aube a reçu ton visage comme un nouveau soleil et ton sourire est resté collé à mes rétines. A présent, je le peins sur toutes les surfaces dignes de le recevoir.

Les gens ici, ils s’arrogent le droit de tout dire. Certains se contentent de parler. D’autres écrivent. (Comme je fais pour combler ton silence poignant) Plein de mots sur l’amour. L’on aime qu’une fois, paraît-il. D’autres disent non. Aussi me poussent-ils à sortir et flirter, à me « dégourdir le cœur », disent-ils. Ils ont oublié que j’avais arrêté de courir pour ton innocence, ton charme virginal. Ils ont oublié que ma puissance avait été réduite à néant par ton doux regard. Et ils t’ont oubliée, eux. Moi, non! Comment oublier Katrina: ce nom qui résonne telle une promesse à mes oreilles? Comment oublier ce matin de juillet qui allait être mon second anniversaire? Toute cette grâce que tu déversais sur ton passage et que les fleurs du chemin ramassaient en abondance. Jour béni des cieux car comme toi on n’en trouve pas à chaque coin de rue. Je l’ai su tout de suite. J’ai mordu hardiment dans la lune et je n’ai pas voulu recracher le morceau. Bouche pleine, gosier aidant.

Ce soir, je pense à cette journée dans la forêt quand tu as gravé nos deux noms sur le torse puissant d’un arbre, enlacés par un cœur et suivis d’un simple « Bonheur ». Comme si tu mettais la vie en garde contre le danger de nous approcher, comme une défense contre ses prochains assauts. Mais au final, elle a eu raison de nous. Je suis là encore ce soir et toi? Puis-je te toucher? Tu es passée à l’autre bord. Je continue la marche seul, sans arme efficace contre les aspérités du chemin. Tu ne peux plus écrire sur les arbres et les murs mais je refuse de dire que tu n’es plus. Parce que depuis je te sens dans les frémissements du zéphyr qui murmure. Je te vois au beau milieu de l’arc-en-ciel. Je t’entends dans le froufrou de l’immense robe saline de l’océan. Bonheur. Je reprends. Etais-je heureux avec toi? Comment arriver à signifier le bonheur? Peut-on l’apprivoiser et le mettre dans la petite cage de la poitrine? Merde. Je n’en sais plus rien. Je ne suis pas heureux sans toi. Je me nourris des miettes de joies de nos instants déjà vieux. Toi qui me chuchotais ta promesse d’éternité au soir. Moi qui disais t’avoir rencontrée trop tard et tu es partie trop tôt, laissant le monde amoureux de ton sillon et emportant le cœur où tu vivais. Ce soir, je te dis une fois de plus que tu me manques trop violemment, chaque seconde est une aiguille géante qui s’enfonce sous ma carapace qui n’en peut plus. Et moi non plus, mon ange.

 

Witensky Lauvince

 

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Witensky LAUVINCE

Né à Léogâne en 1996, Witensky Lauvince inscrit son écriture au cœur des pulsations de la littérature haïtienne contemporaine. Entre poésie et roman, il explore les zones sensibles de l’humain, là où la parole devient nécessité.

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