Lorsqu’on était encore petit, on avait une myriade de rêves et peut-être beaucoup plus d’amis. Il existait ce coin imaginaire aménagé dans le réel où on pouvait déposer ses rêves à l’abri des assauts de la vie. Car on vivait sans soucis du lendemain. On comptait aussi des gens qu’on prenait pour acquis: de la famille, des amis… Mais en grandissant, on a tous plus ou moins appris à ne plus avoir certaines personnes à nos côtés, à les perdre quelque peu. Ces gens qu’on ne voit plus mais qu’on garde parfois tout au fond de nous comme une faible lueur. Il y en a qu’on pense avoir oubliés mais quand les souvenirs se raniment on réalise qu’on s’est enferré. Une innocence dans une voix, un tremblement de la main, un sourire virginal… Tout cela peut se perdre!
Des amitiés qu’on croyait éternelles, des promesses qui se sont brisées. Pour certaines personnes, on l’a vu venir, on pressentait l’éloignement. Pour d’autres, non. Cela est venu ainsi comme un coup inattendu. Pour certains, la distance s’en est chargée, d’autres la mort ou encore la vie tout simplement. Parfois on réalise qu’on n’est pas destiné à rester à certaines places. Combien d’amis du préscolaire nous reste-t-il? Combien de l’école primaire? Nos amis de maintenant ont combien d’années? Combien de gens sont partis après nous avoir promis de rester définitivement? Après tout, on ne peut pas leur en vouloir.
Certes, il y en a qui vont défier le temps, créer une histoire à nulle autre pareille. Mais combien sont-ils? On peut les compter sur le bout des doigts. Alors il faut apprendre à dire adieu… Quand le temps est révolu, quand il ne reste plus rien à faire. Accepter que certaines choses, certains individus viennent et s’en vont tout simplement. Que notre destin n’est pas forcément lié à quelqu’un qu’on pense important. Qu’il est parfois bon de rester seul, se découvrir, se délecter de sa propre compagnie et laisser couler le temps. Que ce dernier révèle les vrais visages. Parfois, à trop vouloir forcer, on finit par se perdre soi-même, s’effacer. Devrait-on forcément changer pour être accepté? N’y a-t-il pas moyen que les autres nous acceptent tels que nous sommes? Alors disons adieu à ceux qui veulent partir, sortir de de nos vies. Apprenons à leur ouvrir la porte et leur faciliter la tâche. Adieu à certaines connaissances, certaines amitiés! Certaines amitiés sans consistance, sans intérêts. Adieu aussi à certaines amours!
Adieu
C’est peut-être une histoire qui se termine au tournant d’une longue route. Une bougie qui s’éteint mais qui laisse sa cire sur la table de nuit. C’est ton parfum qui chatouille encore mes narines tout en laissant sa tache sur mon t-shirt. C’est ton ombre qui se détache de la mienne et poursuit som chemin en sens inverse. Les tessons fragiles de nos verres cassés qui nous ont blessé les doigts en essayant de réparer le mal. Une envie de de te déchirer en mille parcelles et emporter un peu de toi. C’est mon coeur qui ne sursautera plus [petit à petit] au son de ta voix. Un carnet de souvenirs que je te laisse sans y consigner de regrets.
Contrairement à d’autres, nous savons que des gens qui s’aiment se séparent et que toute vraie histoire n’a pas toujours une fin heureuse. Nous avons vécu pleinement. C’est ce qui compte. Chaque baiser. Chaque moment d’euphorie. Chaque mot doux glissé à l’oreille. Nous avons vécu pleinement nos moments de tristesse puisqu’ils étaient aussi de la partie. Au moins, si nous n’avons pas pu conférer l’éternité à ces sentiments, ils ont vécu leur temps et nous le savons. Je ne veux pas m’inventer une autre vie après toi en errant parmi mille chansons et mots perdus dans les aléas du quotidien. Je veux, au contraire, continuer à vivre serein, te cherchant dans les traits, les courbes de chaque être féminin que verront mes yeux.
On part chacun de son côté. C’est une occasion de te rappeler que se dire adieu est sacré. Adieu aux mille et un frissons qui couraient la nuit sur nos peaux. Adieu à ces moments qui s’étirent et finiront par se désagréger. Adieu aux chants d’amour qui n’auront plus le même air. Adieu au verbe se réconcilier, à la beauté de communiquer. Adieu à notre petit monde de fous, aux rêves qui sont tombés de nos poches en courant pour la réalité. Adieu à toutes les virgules qu’on remplace définitivement par un point. Adieu à ces sourires qui baignaient la nuit de lumière, à ces rires qui éclataient comme des ballons baudruche à une fête. Adieu à l’espoir de t’avoir pour toujours dans la peau, de garder un morceau de toi sur moi comme une amulette. Adieu, c’est une rivière qui n’arrive pas à tout emporter. Adieu est un mot divin mais qui tranche comme la lame du diable.

Witensky LAUVINCE