
Petite plante sauvage
Celle dont on n’avait pas voulu
Pas dans cette saison
Pas dans cet enclos
Pas de cette façon
Mais en dépit de cette terre rêche et épineuse
Elle a quand même tenu à faire son apparition
Donc elle est survenue à l’improviste
Dans un monde pas du tout accueillant
Et ceci sans aucune faveur ni déférence
Esseulée
Elle a résisté au soleil
Aux sécheresses
Aux sables du désert
Aux pluies
Aux ouragans
Contre toute attente, elle étend ses petites feuilles
Miraculeusement, elle grandit
Discrètement, sans que l’on aperçoive
Pour survivre au milieu des séquoias géants
Elle a dû leur tenir tête de racines jusqu’à tiges
Par contre, elle a dû souvent fermer les yeux
Fermer les yeux sur l’insouciance la méchanceté le mépris…
Pendant un certain temps, elle a été peut-être innocente
Mais jamais inconsciente
Le temps passe comme une flèche
Mais sa mémoire n’a subi aucun dommage
Elle se souvient de tout
Elle se souvient de tous ces propos ravageurs à son sujet
On lui disait que ses cheveux étaient trop raides
Que l’on n’arrivait pas à différencier sa peau de celle d’une tortue
Que son teint était trop foncé
Que sa bouche était trop pulpeuse
Que ses yeux faisaient peur car ils étaient trop grands
Et…
Avec elle il y a toujours un peu de trop
Toute son existence est de trop
Ô ! Bien sûr qu’elle savait qu’on ne voulait pas d’elle
On ne veut pas de cette variété
Elle le sait !
Elle sait aussi que le changement ne s’annonce pas pour demain ni pour après-demain
On peut le lire dans les regards
Et même le toucher dans des paroles
Non ! Ce n’est pas un secret
D’ailleurs, on le lui dit face à sa gueule
Tout le temps :
Pendant le chant du coq
Au beau milieu du jour
Ou à la tombée de la nuit
Mais on le dit comme si elle n’était pas là.
Sa présence ne veut rien dire
Elle n’est pas la seule à être plantée dans ces terres
Mais tout malheur qui s’abat c’est à cause d’elle
C’est toujours à cause d’elle
Cette petite sorcière déguisée…
Elle fait tarder les saisons
Elle maudit certains endroits
Rend arides des terres
C’est toujours à cause d’elle
C’est à cause d’elle si toutes les sources sont asséchées
Et si les rivières débordent c’est le même refrain
C’est à cause d’elle si le vent s’énerve
Et c’est aussi à cause d’elle s’il garde le silence.
Quoi qu’elle fasse
Quoi qu’elle dise
Ce n’est jamais grâce à elle
C’est toujours à cause d’elle
À croire que ses petites branches frêles
Pourraient faire obstacle au bonheur de toutes les générations à venir
Il y a toujours une plainte
Il y a toujours des reproches
Il y a toujours des remords exprimés à demi-mot.
Ange Dany JOSEPH
🖊 JAD
3 réponses
… ces propos ravageurs à son sujet
… que ses cheveux étaient trop raides
Que l’on n’arrivait pas à différencier sa peau de celle d’une tortue
Que son teint était trop foncé
Que sa bouche était trop pulpeuse
Que ses yeux faisaient peur car ils étaient trop grands!
Vraiment???
Ceux qui ne savent reconnaître la beauté 💔
C’est uniquement à travers elle que la lumière a émergé, brille de toute sa splendeur et continuera de briller. Elle, la sauveuse du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Miroir de la vérité et reflet de la beauté ultime, elle incarne le cœur vibrant de la terre.
Ce cœur unique en son genre, capable de sonder les origines de la discrimination humaine, de la désamorcer et de panser les blessures de l’humanité, pour célébrer la vie dans toute sa plénitude.
Depuis le firmament jusqu’aux abysses marins, ce cœur perçoit les amours et les douleurs humaines, pulsant au rythme de la diversité de l’existence.
En effet, les manifestations de discrimination basée sur la couleur de la peau sont particulièrement flagrantes en Inde et en Haïti.
Dans le contexte haïtien, l’héritage colonial sert de toile de fond à une complexité socio-historique profonde qui imprègne la vie quotidienne.