Nouvelle Parution

Prolongez
l'expérience littéraire.

Plonger au cœur de récits bouleversants ou le chaos et la lumière s’entremêlent. Découvrez ces œuvres unique, reflets d’une poésie moderne et intemporelle, disponibles dès maintenant chez nos éditeurs partenaires.

À partir du chaos

Brûler les ténèbres

Requiem pour une ex

IMG_2344

Déjà deux mois que je n’ai plus de tes nouvelles, Charlène. Je pense avoir fait mon deuil ou peut-être pas. Je n’en suis pas sûr. Aucun signe ne plaide en ma faveur, à ce qu’il paraît. En tout cas, mon cœur semble toujours abriter une partie de toi. Quand est-ce que tu la récupèreras ? Ce mémo que je t’ai écrit, j’ai hésité à te le donner. Je le regarde encore, je l’ai froissé tant de fois incapable de le déchirer comme je l’aurais voulu. Chaque minute renferme une éternité de douleur et les secondes, en s’égrenant dans l’horloge, retombent lourdement sur mon cœur comme du plomb. Non parce que tu n’es plus dans ma vie. Plutôt parce que mes sentiments m’écorchent vif.

Je m’étais toujours fait des idées sur la vie, sur le bonheur, sur l’amour, sur l’espoir, sur tout. Quelques fois, j’avais raison et d’autres fois je m’en mordais le pouce. Mais qu’avais-je pensé de toi ? De nous ? Rien de très précis, si je ne m’abuse ! Tu étais la plupart du temps un voile insensible à mes yeux, un curieux mélange de rêve et de réalité. Ce n’était qu’une brume qui se faufilait devant ma vision, un point qu’il m’était pratiquement impossible de saisir dans l’infini du temps. Les rares fois où j’avais pu me représenter une idée fixe de toi furent les fois où tu quittais ma chambre et je n’ai jamais su pourquoi vraiment. Là, je te voyais unique, splendide, ressemblant à une petite merle s’envolant après une sérénade.

Même si dans l’ensemble tu étais pareille à une brûlure sur ma peau, superficielle ou profonde je n’en sais rien, je persistais à me torturer. Je me tuais à vouloir de toi chaque jour un peu plus, à alimenter ce feu qui me consumait de l’intérieur. Pourtant tu n’arrivais pas à définir mes silences et leurs cris n’étaient jamais trop perçants pour toi. Alors nous en avons rempli nos espaces vides. Tu ne savais pas ce qui me traversait, de quelle couleur était faite ma solitude, comment je comblais mes espaces vides. Tu ne me disais pas ces mots qui touchent l’âme. Si je découvrais un auteur qui me plaisait, je ne pouvais pas partager mon enthousiasme avec toi. Ça ne me garantissait aucune émotion, aucun élan de tendresse ou de joie, rien de te lire un poème de Depestre ou t’annoncer une ébauche d’un nouveau texte. Non que tu n’aimais pas les choses de l’esprit mais ce n’était pas ton monde, me disais-tu. En revanche, tu me reprochais d’être peu cool.

Tu étais moitié insensible moitié douce. Ton affection s’arrêtait à la limite de ta présence et elle perdait vie une fois que tu t’éloignais. Avions-nous donc ces écarts qu’on dénomme tout bonnement incompatibilités ? Nous étions à deux doigts de jouer une comédie, pas une de Voltaire ni d’un autre auteur, mais la nôtre. Une comédie fade, inventée par nos faux raccords. Désamour comme si les sentiments étaient des noeuds. Peut-être aurait-il mieux convenu de reficeler nos rapports, essayer cette cure de dysfonction. Mais non, peut-être que nous avons mieux fait de nous tourner le dos, passer à autre chose, griffonner quelques recommandations inutiles sur nos consciences: ne m’oublie pas, sois heureuse, prends soin de toi… et tout un tas de formules que nous oublierons bientôt.

Je n’ai pas tourné la page, à quoi ça me servirait d’ailleurs ? Cette page, elle est un bout qui s’aligne indéfiniment. Mais j’essaie d’écrire autre chose dessus. J’ai simplement juré de ne rien traîner derrière moi, ni regrets ni remords, ni même une goutte de larmes. Y arriverai-je ? Je ne sais pas. En attendant, j’avance ou du moins je fais de mon mieux. Je continue à marcher, j’allonge mes nuits et voudrais faire de même avec mes journées. En fait, je rallonge mes nuits à mes journées mais ce n’est jamais suffisant. Il me semble que j’ai toujours un besoin pressant de combler un vide, de faire beaucoup plus que je ne le pourrais jamais. Je suis donc constamment pris au piège du temps mais il s’agit de sentiments.

J’ai tout perdu puisqu’on présente souvent l’amour comme un jeu. J’avais pourtant misé gros. Se quitter a été un accord léonin. Non. Je n’ai rien gagné. Qu’est-ce que j’avais ? Mon innocence ou mes bêtises ? Mes peurs ou mes espoirs ? S’il s’agit de cela, je n’ai pas vraiment perdu alors. Je les compte et les sens encore. Dix mille années pourraient se succéder et j’aurais cette méfiance vis-à-vis du beau et du doux car ils blessent encore plus quand la désillusion détale. J’ai peut-être porté ma candeur comme un greffon sur mon cœur et il s’est reproduit, s’est propagé jusqu’à envahir tous mes organes. Mais finalement, le verre s’était rempli, prêt à se renverser et à présent tout ça s’est arrêté. Tu poursuis ton chemin et moi le mien. Si je tourne le regard je te verrai, pressant le pas au bras ce gars qui, tu l’avais juré, n’était qu’un ami.
Witensky Lauvince

Picture of Witensky LAUVINCE

Witensky LAUVINCE

Né à Léogâne en 1996, Witensky Lauvince inscrit son écriture au cœur des pulsations de la littérature haïtienne contemporaine. Entre poésie et roman, il explore les zones sensibles de l’humain, là où la parole devient nécessité.

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Une collaboration ou un atelier?

Que ce soit pour une intervention scolaire, une rédaction professionnelle ou un atelier d’écriture, discutons de votre projet.

Vous avez lu un livre marquant ?

Partagez votre expérience avec la communauté de Witensky. Votre critique sera publiée après validation.

*Votre adresse email restera strictement confidentielle. Elle ne sera jamais publiée et servira uniquement à vous confirmer la réception de votre texte.*