
J’étais là, au fond de l’assemblée, et j’ai remarqué les tremblements de Stanley lorsqu’il eut à signer l’acte de condamnation. Il suait tellement que j’ai cru qu’il allait s’évanouir. Lui qui avait les traits toujours attrayants et le visage souriant était comme transformé ce jour là. Ce fameux jour de noces. Mais pendant que j’y pense, son apparence avait commencé à changer bien avant son mariage. Mais j’étais tellement prise que je n’y avais pas porté attention.
Exactement deux mois. J’avais d’abord entrepris un voyage d’affaire, ensuite j’ai eu des séminaires à animer et enfin je devais finir et soutenir ma thèse de doctorat. Bien sûr qu’entre temps on s’était vus. On dînait ensemble ces quelques soirs où je n’étais pas trop débordée. On fit même une promenade, un soir dans son quartier. Et cela me revient ! Il avait salué, d’une manière particulière, une jeune femme que l’on avait rencontrée. Son charme et sa douceur éclataient au yeux. Et son allure, tout ce qui pouvait faire rêver ce jeune gaillard qu’était Stanley que j’avais réussi à apprivoiser.
Et oui, du haut de mes trentes années c’est lui que j’avais choisi, et ceci depuis six ans, pour être mon autre. J’ai dû affronter mes parents, surtout mon père, pour qu’ils puissent l’accepter. Ici, ce sont les hommes qui devraient être plus matures que les femmes, ce sont eux qui devaient les dompter et ce sont eux aussi qu’on acceptait plus âgés dans une relation amoureuse/sentimentale. Après deux ans, on a pu faire nos preuves, surtout Stanley, et bien qu’avec un peu de réticence mes parents avaient accepté ma relation.
Du côté de Stanley aussi, ce fût un peu difficile. Heureusement, pour moi, il n’y avait que sa mère à convaincre. Son inquiétude venait beaucoup plus du fait que j’avais déjà eu un échec de mariage. Mais pour moi, tout cela était déjà dans un passé lointain. J’avais d’ailleurs rencontré son fils deux ans après. Le père de Stanley, M. Jean-François, pour sa part, m’accepta dès notre première conversation lors de notre première rencontre.
– « Pourquoi n’aides-tu pas ma femme à débarrasser la table? » m’avait-il demandé.
– « Benh parce que Stanley l’aide déjà et je ne me sens pas encore familière à ce peu. En plus, je crois que ce n’est pas une tâche qu’il incombe aux femmes de faire. » lui répondis-je nonchalamment.
Il prit un air grave puis me posa d’autres questions sur la spiritualité, l’histoire, la religion, les grands courants dominant le monde. Bref nous partagions, à peu près, la même cosmogonie.
– « Puis-je avoir des glaçons s’il te plaît? » demandai-je à Stanley quand il s’ammena au salon avec sa mère sur les talons, du whisky et des verres entre les mains.
M. Jean-François eut un sourire en coin, à croire qu’il appréciait les femmes qui boivent. Je confirmais mon soupçon, quand Stanley revint avec les glaçons et un verre supplémentaire.
Ah les souvenirs ! Nous avions rencontré cette jeune femme et à la manière dont ils s’étaient salués je présume que c’était le début de leur aventure. Mais visiblement, pour cette Rachelle ce n’en était pas une. Elle est si jeune. Quand j’ai revu Stanley pour la dernière fois et que j’ai pleuré, je l’ai fait aussi pour elle. Allez donc savoir pourquoi.
J’aimerais tant la rencontrer et avoir une conversation avec elle. Pour lui dire quoi? Je ne sais pas trop. J’avais aussi pleuré pour moi ou pour Stanley ou pour nous deux. « Pourquoi, diable, ne m’as-tu pas parlé d’elle ? Pourquoi cette surprise ? D’accord j’étais occupée mais tu sais bien que je peux me libérer pour te parler. Je t’ai trop fait confiance ? Ok je suis d’accord qu’elle était tentante et que tu n’as pas pu la laisser partir sans rien et je n’en ai aucun problème. C’était d’ailleurs notre pacte : jouir d’une aventure tant que cela vaut la peine mais nous devons toujours nous avertir l’un l’autre… » C’était tout cela que j’ai voulu lui lâcher ce jour-là mais je n’ai pas pu.
Et me voilà aujourd’hui, en train d’assister à cette cérémonie nuptiale qui aurait été mienne. Si j’en veux à Rachelle ? Pas du tout ! À Stanley ? Juste un peu. Ce qui me hante pour l’instant c’est de pouvoir parler à Rachelle. Est-ce que Stanley a voulu me le permettre quand il m’a fait promettre de le contacter la première nuit de sa lune de miel ? Ils venaient de se lier pour la vie, je pouvais bien me le gratifier juste pour une simple nuit. Moins de douze heures. Je ne l’avais pas fait par respect pour Rachelle. Parce que je ne savais pas, non plus, son niveau d’évolution. Mais voilà que deux mois se sont écoulés, ne puis-je pas le faire ? Il faut bien que je sache quel a été son plan. Pendant que j’y pense, aurait-il le culot d’appliquer ce maxime avec Rachelle « Pour la vie ou pour la nuit » ? Entendons par la nuit ces moments de volupté et de tendresse sans aucune promesse, ni lendemain sans engagement quoi ! Dans ces cas, il l’a déjà eu sa nuit. Va-t-il l’abandonner ? Non je ne veux et ne peux pas y
y croire. Bon, je l’appelle !
MikaBBF
Une réponse
Un coup de Maître à n’en plus finir. Bravo, frérot!