
Coup du hasard ou du destin, j’ignorais pourquoi j’étais allée assister à ce match de football alors que ce sport n’était aucunement une hobby. Il s’agissait de l’une de ces compétitions de foot de rue qu’organisaient les jeunes pour donner une occupation à leurs jambes de jeunes gaillards sous la chaleur étouffante de l’été.
– Allez! Sortons Rachelle! depuis notre emménagement ici, tu restes cloitrée à compter les punaises! Il faut faire la connaissance des gens du quartier…
C’était sûrement Clara qui m’avait poussée à bout, car je ne voyais vraiment pas l’intérêt de me pointer à ce genre d’activités où, à la fin, mauvais perdants ou grisés par l’alcool, les joueurs se bagarraient pour un penalty ou un hors- jeu. Concernant ce dernier, je n’en ai jamais compris la motivation. Toutefois, ma soeur avait raison sur un point, depuis mon arrivée ici je n’avais mis le nez dehors. Alors je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de prendre l’air, de voir du monde pour dissiper cette brume qui planait sur ma vie depuis quelques jours.
J’avoue que j’ai sorti le grand jeu. Mon décolleté en vogue m’a paru un bon choix et ma jupe courte la plus moulante, une excellente arme pour s’infiltrer dans une niche de mâles sans crainte d’être négligée et ignorée.
Et en conséquence, dès mon arrivée sur les lieux des regards fusaient dans ma direction mais plus précisément celui d’un type qui semblait faire office de remplaçant.
J’avais presqu’oublié ce que ça faisait de se faire lorgner avec convoitise. Mon ex avait fini par me faire oublier que je pouvais être désirable, ancrée dans une relation où je me battais en vain pour attirer son attention. Plus je tirais sur la corde, plus il s’éloignait. Et la veille de mon déménagement, il me flanqua le coup fatal, par texto. Il n’éprouvait même pas la nécessité de me voir une dernière fois.
Mon estime en avait pris un sacré coup, j’aurais voulu faire semblant que ça m’était égal, mais arrivée ici, la dépression m’attrappa par la gorge. Plus il refusait mes appels, plus je m’enfonçais. Il possédait d’autres minettes plus intéressantes et toutes fraiches dans son répertoire. J’étais un tir bien cadré réussi dans son match, c’est tout! On ne s’éternise pas à célébrer un goal, on y passe quelques secondes puis on continue le match. En quête d’autres goals plus alléchants.
Et ce gars qui ne cessait de dévier son regard du terrain pour le déposer sur moi comme un baume sur mon coeur amoché, je savais qu’en rien il n’était différent de ceux que j’avais déjà connus. Un jour à son point de mire, le suivant placée dans ce coin négligeable de son répertoire. Je parle de ce coin poussiéreux et obstrué de fils d’araignés tant on ne se sert plus de ces numéros.
Et pourtant, lorsqu’il s’approcha de moi avec un sourire en coin qu’il se voulait charmeur, je me sentis bizarrement flattée. Mon cerveau me criait de ne plus me laisser prendre au piège mais mon coeur, déjà, perdait son rythme habituel. J’ai fini par lui donner mon numéro après un bref échange.
L’important s’avérait qu’il me redonnait confiance en moi-même, il était plus attirant physiquement, plus impressionnant et avait même l’air plus cultivé que mon ex. Si un type comme celui ci pouvait s’intéresser à moi, cela voudrait dire que je n’étais pas si terre à terre et jetable que le comportement de mon ancien partenaire laissait le croire et que ces derniers jours, je commençais moi-même à croire.
Stanley, s’appelait ma nouvelle connaissance aux paroles douces. Ces paroles qui souvent vous faisaient sourire malgré leur sincérité mise en doute. Il était plutôt doué et insistant, peut-être s’intéressait-il vraiment à moi après tout ? Il ne me lacha pas une seconde, un contraste frappant de la fin de ma précédente aventure. Vilain défaut, je ne cessais d’établir des parallèles entre lui et ma déception amoureuse encore trop fraîche pour être oubliée.
Par conséquent, je me montrais engageante, peut-être un peu trop, emballée par l’idée de passer à autre chose pour calmer mes nerfs frustrés.
Je ressentais même une forte jalousie lorsqu’il vérifait son portable assez souvent en ma présence. Notre match venait à peine de commencer et il se montrait hors-jeu, ce n’était pas bon signe. De qui provenaient ces messages ? Probablement, il y avait déjà une fille sur le terrain. Une fille qu’il fallait chasser par un gros carton rouge car Stanley me plaisait. Je le voulais à moi. « Je serai prête à tout pour le retenir, je ne supporterai pas une nouvelle déception. », me répétais-je.
Il me faisait revivre un rêve que je croyais perdu à jamais. Je n’ai pas résisté à lui donner pouvoir sur mon corps, espérant laisser ma marque sur son âme et son cœur comme un animal assoiffé de sécurité marque son territoire.
Mais l’illusion se dissipa vite pour laisser paraître la cruelle réalité : Stanley avait tiré son but et le moment de célébration fut bref, trop bref. Son coup avait réussi. Mon coup était raté, la balle est passée à l’autre camp trop vite. Suis-moi, je te fuis. Fuis-moi, je te suis. Par enchantement j’ai été trop facile. Par désespoir j’ai cru à l’impossible. C’était toujours le même match pervers de l’ego, les règles n’avaient pas changé.
Alors que désormais Stanley semblait brusquement ne plus s’intéresser à moi, j’avais l’impression de retomber dans le même trou noir dans lequel m’avait enfoncée ma précédente aventure, mais cette fois plus profondément et avec plus de violence dûe à la rapidité des évenements. Stanley ne répondait plus à mes appels, je revivais un cercle infernal qui ne semblait pas prêt de se stopper car le prince charmant n’existe pas : Le connard charmant existe.
La mort dans l’âme, je me suis renfermée chez moi à compter les punaises comme le dit si bien ma petite soeur. Entre mes appels et sms sans réponses, grandissait en moi une nouvelle angoisse : mes règles avaient du retard. Mon corps m’envoyait des signaux bizarres.
La nouvelle explosa dans ma famille comme une bombe atomique, je suis enceinte ! Je venais à peine de boucler mes études classiques. Je me sentis accablée par une sorte d’injustice mais dans laquelle j’avais moi-même manœuvré.
Stanley appela, il avait quelque chose à me dire, je ne me faisais pas d’illusion. L’autre n’avait envoyé qu’un texto, celui-là appellait. C’était pour me signifier qu’il n’y avait plus rien entre nous. À mon tour j’avais quelque chose à lui annoncer : je suis enceinte de lui et mon père veut le rencontrer.
Le caractère sanguinaire de mon père a toujours été sans équivoque. Ses décisions sans appels. Son message était clair à l’égard de Stanley: il choisira entre les deux grand M à savoir le Mariage ou la Mort.
Stanley semblait désemparé tel un condamné à la sentence fatale. Loin d’être prêt à affronter les responsabilités d’un mariage, mais encore avec une fille qui n’avait reveillé que son membre pour le coup d’un soir, pas de sentiments.
Sentiments ou pas, Stanley sera à moi. Sentiments ou pas, mon père et le pasteur allaient nous unir pour la vie. Match fini.
À l’église, la tristesse et le remord pouvaient se lire dans les yeux de Stanley en disant « oui, je le veux pasteur ». Quant à moi, je souriais égoïstement en pensant à la tête que fera mon ex en apprenant que je suis mariée. Une belle réponse à l’humiliation qu’il m’avait infligée.
Ce vendredi après-midi là, à ce match de football, Stanley croyait m’avoir pêchée comme une proie facile pour la nuit. Mais, c’était moi qui l’avais pêché, et ceci, pour la vie.
Suze R. Joseph
Une réponse
De la littérature au grand L!