
Kèk fwa, akoz move pakou ak santiman akokiye, lògèy konn jete wouy sou sa n ap konstwi. Nan jwèt plen kè nou rabouch ak pwomès byen lou, anpil rèv ki gen twòp chay sou do yo konn rive fè aksidan sou wout la, yo pise san sou konn kochon y ap kòche. Lè konsa nou djayi, menm rele anmwey, eseye tout mwayen pou peze konsyans chagren. Apre kèk tan, nou chanje po sou konn fèy nan bwa, pafwa nou fè kòmsi sa pa t anyen pandan anndan nou ap doulè a ap fè wondonmon. Lè sa rive, genyen tou ki deside y ap jouke kè yo byen wo, men yo bliye si toujou gen gòl pou keyi l kenpòt si li ta twouve l pami yon touf zetwal.
C’est une nouvelle saison. Je ne peux décrire autrement le surprenant tournant que vient de prendre ma vie.
Une nouvelle saison d’amour ! Je souris, amusée. Moi ? A nouveau engagée dans ce tourbillon d’émotions ? La perspective m’est à la fois terrifiante et amusante. Par trois fois, j’ai déjà emprunté ce chemin. J’en ai embrassé le paysage, j’en connais tous les détours, les précipitations, les moindres escarpements. Par trois fois, j’en suis arrivée au bout, exploratrice rassasiée. J’ai défait mes lacets, me suis assise, éreintée mais satisfaite, heureuse, reconnaissante de l’expérience et des merveilleux bouts de souvenirs à jamais moissonnés. A trois reprises, je me suis dit : C’est la dernière. Et pourtant… Me voilà de retour sur le sentier. La ligne d’arrivée que j’ai si souvent traversée, se serait-elle, à chaque tour accompli, métamorphosée en une nouvelle ligne de départ ? L’amour serait-il marathon éternel ? Seigneur ! Je suis folle ! Je n’ai plus l’âge des montagnes russes d’émotions. Je n’ai plus l’âge de semer l’amour. A quoi bon ? Le verrais-je grandir et s’épanouir ? Je suis déjà passée à l’autre versant de la vie. Je dégringole en roue libre, confiante de ne plus rien avoir à offrir ni à gagner.
Et voilà que tu te glisses en toute fin de parcours, me forçant à ralentir, et à reconsidérer la course. Oh toi ! Toi, toi, toi… Qui m’a prise au dépourvu. Je repense à toi, et je souris bêtement ! Moi qui croyais mon vieux cœur rouillé incapable de nouvelles palpitations capricieuses, le voilà qui s’emballe à chaque pensée que je te dédie! Il a sûrement perdu la main, après tout ce temps. Mais il semble prêt à remonter en selle. Un cœur ne l’est-il pas toujours ? C’est pourquoi je préfère me fier à ma raison, elle plus rationnelle. Parce que je le sais, ce n’est pas une décision aisée. Je ne peux ainsi t’accueillir dans ma vie sans réellement peser le pour et le contre. Il y a trop d’enjeux, trop de défis, trop d’obstacles à surmonter. Le pourrai-je ? Le pourrons-nous ? Oh je le sais, les gens vont tellement en rire ! N’a-t-elle pas honte, la vieille fille, de s’engager dans une aussi incertaine aventure ? C’est vrai ! A-t-on déjà vu fleur fanée bourgeonner à nouveau à la tombée de la nuit ? Non ! Une fleur fanée se laisse bercer par la lune et la brise vespérale, attendant l’appel de la terre pour s’éclipser, cédant sa place à un bourgeon neuf. Je ne devrais pas te dire oui. Je ne devrais pas t’ouvrir mon cœur. Ce serait mieux pour moi, pour toi. Pour nous. Et pourtant, je l’entends, cette petite voix, si confiante, qui me rassure. Je le sens, tout au fond de moi, ce désir d’emprunter, une dernière fois, ce chemin que je connais si bien, pour l’avoir, à trois reprises, emprunté, embrassé, exploré. Tout ira bien, je le sais. Car il n’y a pas plus beau que l’amour que l’on sème soi-même, que l’on nourrit, arrose, que l’on voit germer, grandir, s’épanouir, nous regarder de ses yeux émerveillés et curieux, chercher en notre sein la chaleur maternelle, s’en nourrir, en affermir ses membres, puis voler de ses propres ailes. Ça, les autres ne le comprendront peut-être pas. Mais je m’en fiche. Moi je sais que je suis prête pour cette nouvelle saison d’amour. Je te le promets, nous trouverons un moyen de la rendre sublime, unique, magique, comme je l’ai fait avec ceux qui t’ont devancé. Il n’y a pas plus belle sensation que de voir fleurir le fruit de son attention.
Aussi longtemps puisse-t-on être écarté de la piste, ce chemin ne sera jamais inconnu. Certains repères sont éternels, mon amour. Tu le verras bien assez tôt. Peu importe le nombre d’années de retrait, on n’oublie jamais le métier de maman.
Joanico Casséus