Il est des temps où les promesses de l’aube semblent ne pas suffire,
où les résurgences des ténèbres en flots
envahissent à peu près complètement le jour comme pour le suffoquer
à ce moment, si les braises s’éteignent,
à nous d’accoucher des éruptions solaires (oui, il nous faut toujours des éruptions solaires) dans nos petits espaces
pour servir de la lumière à autrui ;
le pire sentiment au monde, c’est de se sentir impuissant
pour prendre la vie par grandes bouchées,
pour amorcer une certaine opiniâtreté,
on se construit de petites cités paisibles quelque part à l’intérieur,
lieu où s’abriter contre les coups des mauvaises heures
avec ces bruits d’Océan dans la tête
et pas le chant de la sirène
plutôt les râles des naufragés
parce qu’il y a toujours un peu de rides dans le quotidien,
quelques plis ou se cachent parfois d’énormes bêtises
de toute façon, qui complètent, à leur manière,
notre histoire faite de tout notre parcours et de ces innombrables petites histoires
certains ont porté tant d’orages sur le dos,
bataillé contre tant de tempêtes
que tant de fois ils ont été obligés de faire (les) cent pas et en ajouter mille, dix mille
pour arriver à se tracer un chemin dans le ciel
et prendre à bras le corps quelques étoiles, un instant, une éternité,
aller cueillir l’énergie nécessaire pour maintenir ce souffle qui pousse la barque de l’existence
quelques-uns en reviennent avec la verve lumineuse
s’employant sans trêve à s’insurger contre la dictature des ténèbres
pour instaurer une ère de totale clarté
quant à moi, je suis ouvrage inachevé : encore plein de bouts de matériaux à mettre ensemble,
plein d’échardes à enlever, sans compter les morceaux éparpillés sur le sol à rassembler
alors si je t’invite à entrer, prends surtout garde à ne rien piétiner
enfin, je suis plein de cratères, mais âme debout dans la nuit avec ses manquements,
travaillant sans cesse à l’éblouissement
pour y revenir,
il faut compter, je crois, chaque jour qui s’est pointé, et qui a vécu joyeux, heureux,
compter chaque main qui a été tendue par-dessus l’orage,
compter et redire à soi-même, de temps en temps,
tous les chemins parcourus d’un bout à l’autre.
Le Scribe
